En collaboration avec David Decary

CPA, expert-comptable et conseiller aux entreprises à l'École des entrepreneurs du Québec

Le nombre de travailleurs autonomes connaît une légère croissanceAttention, ce lien ouvrira un nouvel onglet.Attention, ce lien ouvrira un nouvel onglet. depuis le début des années 2000, alors que plus d'un demi-million de Québécois choisissent aujourd'hui d'être leur propre patron. Or, la planification de la retraite, et particulièrement les stratégies d'épargne, représente pour eux un enjeu différent de celui qu'elle représente pour les autres travailleurs salariés. Sans employeur, ils ne disposent pas de fonds de pension ou de régime d'épargne. Leur argent sert souvent d'investissement de base pour leur entreprise, parfois même de fonds de roulement, et leur énergie est le plus souvent dirigées vers la croissance de leur affaire et vers la prospérité.

Cependant, bien se préparer et épargner pour sa retraite demeure toujours aussi essentiel.

Afin de bien comprendre cette réalité, nous avons demandé à David Decary, CPA et expert en gestion financière à l'École des entrepreneurs du Québec, ses meilleurs conseils pour les travailleurs autonomes qui veulent réussir à épargner pour leur retraite.

Comment épargner pour sa retraite lorsqu'on est travailleur autonome?

Quand commencer à épargner?

Lorsqu'on débute comme travailleur autonome, épargner pour la retraite est rarement l'une des premières choses à laquelle on réfléchit. « On pense plutôt à survivre jusqu'à demain et on espère un bénéfice croissant dans les prochaines années. Cependant, il est primordial d'épargner le plus rapidement possible », déclare d'emblée David Decary. Même une fois bien en selle, quand l'entreprise est établie, chaque année compte, et même les petits montants mis de côté fréquemment font la différence.

Il donne l'exemple suivant : en épargnant simplement 100 $ par mois pendant 20 ans à un taux de rendement conservateur de 5 %, on peut épargner près de 40 000 $. « Et rendu à 30 ans, c'est plutôt 80 000 $. On double donc son capital pour un écart de 10 ans! » Qu'il s'agisse de petits ou de gros montants, il est important de placer son argent rapidement en utilisant tous les produits financiers à sa disposition, que ce soit le REER, le CELI, le RRQ ou les placements en bourse, précise-t-il.

Que faire lorsqu'on a des dettes?

Lorsqu'on se lance à son compte, il n'est pas rare de devoir s'endetter ou d'avoir à traîner des dettes. Certains pourraient alors être tentés de les rembourser en totalité avant de commencer à épargner. « Cela pourrait vous nuire à long terme », insiste l'expert en gestion financière. En effet, il faut distinguer les bonnes dettes, comme l'hypothèque, qui sont bien souvent à faible taux d'intérêt et dont le remboursement ne presse pas, et les mauvaises dettes, qui peuvent avoir des taux d'intérêt assez élevés. Le conseil de David Decary est de « rembourser tout d'abord les produits financiers toxiques comme les cartes de crédit et les marges personnelles à taux d'intérêt élevés : ils vous coûtent plus cher que ce que vous rapporterait un placement ». En règle générale, il suggère de tenter de payer les produits financiers ayant un taux d'intérêt supérieur à 10 %, voire à 12 %, le plus rapidement possible et de privilégier ensuite l'épargne.

Quels véhicules de placement choisir?

Comme les autres travailleurs, le travailleur autonome a accès aux outils classiques de placement, mais le meilleur choix pourrait varier selon qu'il décide de se verser directement un salaire ou d'opter pour des dividendes provenant de son entreprise. Par exemple, les travailleurs autonomes qui choisissent de se verser des dividendes ne pourront alors probablement pas cotiser à un REER, mentionne David Decary, puisqu'on doit percevoir un salaire pour avoir le droit de cotiser. « Le CELI devient alors l'outil à privilégier parce qu'il permet de placer des sommes sur lesquelles les intérêts gagnés sont libres d'impôt. Vous pourriez programmer vos placements de manière à réinvestir les intérêts gagnés et, ainsi, rapidement avoir un capital d'investissement intéressant », suggère-t-il. L'épargne placée dans un CELI peut également permettre de conserver certaines liquidités lors des phases de croissance de l'entreprise. Cependant, si l'on se verse un salaire et que l'entreprise est complètement autonome financièrement, épargner dans un REER devrait être l'option privilégiée.

Combien doit-on épargner?

Il est important pour le travailleur autonome de comprendre qu'il doit épargner uniquement par lui-même pour sa retraite, pour la simple raison qu'il est le seul à pouvoir le faire, précise l'expert en gestion financière. « Lorsqu'on est employé, l'employeur cotise en partie au Régime de rentes du Québec, le RRQ. Il faudra donc mettre un peu plus d'argent de côté pour y arriver comme les autres salariés », explique-t-il. En effet, un salarié cotisant le maximum admissible au RRQ devra en plus épargner 15 % de son salaire s'il veut maintenir son niveau de vie à la retraite. Sans RRQ, un travailleur autonome ayant le même objectif devra alors plutôt épargner 20 à 25 % de son revenu pour y arriver. Cependant, l'expert remarque qu'à titre de travailleur autonome on n'a pas autant de déductions à la source que lorsqu'on est employé, ce qui peut représenter une occasion d'épargner!

Comment réussir à gérer son entreprise et préparer sa retraite à la fois?

Bien entendu, prendre le temps de gérer soi-même ses placements et son épargne peut représenter un défi quand on dévoue une grande partie de son énergie à son entreprise. David Decary souligne cependant que plusieurs options peuvent aider les travailleurs autonomes : « Que ce soit par l'intermédiaire d'un conseiller financier ou grâce à des applications mobiles de placement telles que Wealthsimple ou Hard Bacon, il est de plus en plus facile de faire fructifier son argent, même lorsqu'il s'agit de petits montants. »

Mettre en place un objectif d'épargne annuelle selon les revenus que l'on s'attend à percevoir est également une bonne façon d'instaurer un principe d'épargne-retraite dans la structure financière de l'entreprise. Cela permet également de pouvoir suivre l'évolution des revenus par rapport à l'épargne et de valider si les objectifs sont atteints. Il est alors plus simple par la suite de réviser ses attentes ou même de dégager une épargne plus importante pour pallier d'éventuelles baisses de revenus.

Quels sont les pièges à éviter pour mieux épargner pour sa retraite?

1. Ne pas profiter au maximum du RRQ

Plusieurs travailleurs autonomes décident de se verser uniquement des dividendes plutôt qu'un salaire afin d'éviter certaines cotisations, comme celle du RRQ. Pourtant, ils auraient tout intérêt à se verser un salaire donnant droit au maximum des cotisations au RRQ, soit 55 900 $ en 2018, selon David Decary. Cela leur permettrait de bénéficier d'une rente maximale, garantie et indexée, peu importe la fluctuation des marchés. Il considère que c'est un excellent outil pour diversifier son risque et ses revenus à la retraite.

2. Concentrer son épargne seulement dans son entreprise

Miser uniquement sur son entreprise et ses investissements pour épargner pour la retraite est une approche périlleuse. « Votre entreprise est un véhicule d'affaires qui est relativement fragile. Une poursuite perdue ou un accident pourrait faire dérailler toutes vos économies. Mettre tous ses oeufs de retraite dans le panier de son entreprise est fortement risqué », souligne l'expert. Il privilégie plutôt une stratégie mixte où l'on place une partie de ses dividendes et de son salaire dans divers placements au sein de ses finances personnelles, tout en restant conservateur sur les sommes potentiellement retirées de l'entreprise dans le futur.

Le Régime de rentes du Québec pour les travailleurs autonomes, comment ça fonctionne?

« C'est assez simple, dit d'emblée David Decary, dès que votre revenu dépasse 3 500 $ dans une année fiscale, vous devez cotiser 10,8 % de votre salaire. Toutes les informations se retrouvent sur le site de Retraite QuébecAttention, ce lien ouvrira un nouvel onglet.. Et vous versez vos cotisations en même temps que vos acomptes provisionnels pour l'impôt. » Il rappelle cependant que les travailleurs autonomes qui optent pour le paiement en dividendes n'ont pas à payer de cotisations de RRQ puisqu'elles sont prélevées uniquement sur les salaires, et qu'ils ne bénéficieront donc pas de prestation lors de leur retraite.

Le meilleur plan de match du travailleur autonome pour mieux épargner pour la retraite

En conclusion, David Decary résume ses stratégies pour mettre en place le meilleur « plan de match » afin d'épargner pour la retraite et s'assurer d'avoir celle que l'on désire :

  • Penser à réserver 20 à 25 % de ses revenus pour l'épargne-retraite.
  • Commencer à épargner le plus tôt possible, même si ce ne sont que de petits montants.
  • Bonifier son épargne-retraite quand on a terminé de rembourser ses dettes à taux d'intérêt élevés.
  • Maximiser ses cotisations RRQ afin de diversifier ses sources de revenu à la retraite.
  • Diversifier son épargne-retraite entre ses finances personnelles et celles de son entreprise.
  • Faire appel à un conseiller financier pour avoir de l'aide et des conseils en matière de placements.
  • Réviser son « plan de match » au fil du temps parce que l'entreprise évolue.

Le jour où on choisit d'être travailleur autonome ou de lancer sa propre entreprise, on le fait afin de devenir seul maître à bord et de décider soi-même de ses projets. Il ne faut pas oublier que la retraite en fait également partie!

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