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L'autosuffisance alimentaire au Québec, où en est-on?

Alors que la consommation locale est plus que jamais encouragée, l'idée de l'autosuffisance alimentaire au Québec en fait rêver plus d'un. Voici un portrait de la situation.

Par Fonds de solidarité FTQ

Fonds de solidarité FTQ

Manger frais, bio et local semble être un mode de vie prisé par de plus en plus de Québécois. Certains participent à des jardins communautaires, plusieurs entretiennent leur propre jardin de fines herbes et de légumes à la maison et d'autres se lancent dans l'élevage de poules en milieu urbain. D'ailleurs, Jardinage QuébecAttention, ce lien ouvrira un nouvel onglet. propose plusieurs idées de projets si le concept vous intéresse!

Manger et acheter local ont la côte, mais au-delà de ce phénomène, on entend de plus en plus parler de l'autosuffisance alimentaire au Québec. De quoi s'agit-il? En voici les grandes lignes.

Qu'est-ce que l'autosuffisance alimentaire?

On a tendance à associer l'autosuffisance alimentaire à la production de fruits et de légumes frais, et avec raison! Comme le Québec a un climat de quatre saisons, il est beaucoup plus difficile de s'approvisionner toute l'année en maïs, en fraises ou en brocolis frais et locaux. Selon Jean-Martin Fortier, agriculteur et écrivain québécois, 40 %Attention, ce lien ouvrira un nouvel onglet. de nos fruits et légumes proviennent des États-Unis.

Cela dit, la notion de la souveraineté alimentaire est beaucoup plus vaste. Faire son propre pain, cuisiner davantage ou faire des conserves sont aussi des pratiques qui favorisent l'autosuffisance alimentaire. Ça passe par tout ce qu'on consomme : viande, fromage, lait, aliments transformés, etc. En fait, on a plusieurs agricultures au Québec. Il est donc intéressant de se demander à quel point on souhaite être autosuffisant. Par exemple, est-on prêt à cesser de consommer des produits qu'on ne peut cultiver ici, comme des bananes? À réduire nos importations? Le Québec est déjà autosuffisant pour certains produits, comme le porc, la bière ou les produits laitiers.

En bref, une société autosuffisante sur le plan alimentaire pourrait être considérée comme une société qui ne dépend plus de l'importation pour subvenir à ses besoins et qui peut assurer un accès à l'année à des aliments frais et de qualité à tous ces citoyens.

Du champ à votre table

En plus de l'agriculture traditionnelle, le Québec compte plusieurs fermes qui misent sur les serres. Toutefois, cette méthode est très énergivore et engendre des investissements importants; elle n'est donc pas accessible à tous les agriculteurs.

Il n'en demeure pas moins que l'on est en mesure de manger des fraises et des tomates du Québec même en janvier, grâce à l'innovation des producteurs d'ici!

Tout le milieu agroalimentaire du Québec a un rôle à jouer. Que ce soit sur les plans des semences, de l'équipement, de la culture, de la production, de la transformation, de la distribution ou des grossistes, c'est tout le circuit qui permet d'offrir des produits de qualité, faits ici, aux Québécois. C'est pourquoi le Fonds est présent dans l'industrie agroalimentaire : pour encourager des entreprises d'ici qui permettent de faire grandir et prospérer le Québec n commençant par votre assiette. C'est le cas, par exemple, avec Semican Atlantic, les Entreprises Dauphinais, les Productions Horticoles Demers, les Brasseurs du Nord – Bière Boréale, La Trappe à fromage, Cunico et les Fermes Lufa.

Innover en serres avec Lufa et Demers

Les Fermes LufaAttention, ce lien ouvrira un nouvel onglet. sont d'ailleurs un très bon exemple de projet innovant qui permet un meilleur accès à des produits frais et locaux. L'entreprise montréalaise utilise des toits urbains afin d'y ériger des serres dans lesquelles elle cultive des tomates, des aubergines, des micropousses, des fines herbes, des concombres, des poivrons, des laitues et des légumes-feuilles, et ce, toute l'année! Évidemment, l'offre de légumes varie selon les saisons, mais vous pouvez recevoir leur panier bio en tout temps.

Selon les Fermes LufaAttention, ce lien ouvrira un nouvel onglet., la conversion de 19 toits de centres commerciaux de taille moyenne permettrait à la ville de Montréal d'être autosuffisante en matière de fruits et légumes. Chaque fois que l'entreprise construit une nouvelle serre, elle s'assure que celle-ci soit plus grande, plus efficace, plus productive, plus légère et encore moins coûteuse, pour que les serres sur les toits fassent partie intégrante de toute nouvelle construction en milieu urbain. Le tout permet à l'entreprise de livrer chaque jour des milliers de paniers bio remplis de produits qu'elle cultive, mais aussi issus d'autres fermes et maraîchersAttention, ce lien ouvrira un nouvel onglet. du Québec desquels ils sont partenaires. Les Fermes Lufa souhaitent ainsi offrir aux Québécois l'accès le plus direct possible à des aliments d'ici. C'est un bel exemple de développement durable et une belle avancée pour la souveraineté alimentaire du Grand Montréal!

Situées dans les régions de Chaudière-Appalaches et du Centre-du-Québec, les Productions Horticoles DemersAttention, ce lien ouvrira un nouvel onglet. sont reconnues pour leurs tomates et leurs poivrons en serre, que vous pouvez trouver à l'épicerie à l'année. Elles produisent aussi des framboises et des fraises. Ce qui les distingue? Les serres Demers représentent trois générations de maîtres-horticulteurs qui, depuis 50 ans, ont à cœur d'offrir aux Québécois des produits de qualité en pratiquant une agriculture durable et saine. Elles cherchent le parfait équilibre entre nature et culture. C'est l'objectif que leurs serres leur permettent de réaliser! La croissance de leurs fruits rouges, y compris les tomates, suit le cycle naturel de la lumière du jour. Ils sont cueillis à la main pour en préserver l'intégrité.

Finalement, leur plus récente construction, à Drummondville, leur permet d'exploiter la plus grande serre de tomates au Québec. Il s'agit d'un projet d'envergure, qui a vu le jour grâce à des gens et à des investisseurs qui y ont cru, dont le Fonds. L'équipe des serres Demers a ainsi l'assurance de pouvoir approvisionner les Québécois tout au long de l'année en tomates fraîches d'ici. Voilà un pas de plus vers l'autosuffisance alimentaire!

D'ailleurs, Jacques Demers, le PDG des Productions Horticoles Demers, souligne que le désir des Québécois de se nourrir d'aliments frais, locaux et plus goûteux n'est pas nouveau. « C'était déjà très présent il y a 30 ans, a-t-il déclaré. Depuis cinq ou dix ans, on voit encore plus l'intérêt des consommateurs, mais le changement s'opère aussi tranquillement du côté des distributeurs. Les grandes chaînes sont plus sensibles. » Il est d'avis qu'il serait difficile d'atteindre une pleine autonomie alimentaire, mais que la conjoncture actuelle la favorise. Pour M. Demers, c'est un objectif stimulant. Selon lui, il faudrait miser sur la production d'aliments à longueur d'année, soit les serres.

« Je prône l'utilisation de notre hydroélectricité pour produire des aliments frais dont on pourra se nourrir à l'année. C'est au Québec ce que le soleil est au Mexique. Il faut être inventif et audacieux. Ce serait une belle identité québécoise! », a-t-il ajouté.

Cuisiner et distiller des produits du terroir

Dans un autre ordre d'idées, la revalorisation de certains de nos aliments d'ici participe à l'autosuffisance alimentaire. Que l'on pense à des restaurants comme Au pied de cochon et Le Manitoba à Montréal, La Buvette Scott à Québec ou L'Eau à la Bouche en Gaspésie qui créent leurs menus selon le rythme des saisons en proposant une cuisine du terroir québécois, ou alors au gin Menaud, fait d'une base de blé et de seigle des terres de L'Isle-aux-Coudres, c'est une tendance qu'on observe depuis quelques années… et une autre manière d'avoir un accès direct aux produits locaux.

Le Québec et l'agriculture saine

L'agriculture occupe une grande place au Québec, ainsi que l'innovation. C'est pourquoi on trouve, dans le Centre-du-Québec, l'Institut national d'agriculture biologique (INAB) du Cégep de Victoriaville. Celui-ci regroupe les activités d'enseignement, de recherche, de transfert technologique et d'incubation en agriculture. C'est le plus grand centre de formation et de recherche en agriculture biologique au Canada!

Il n'y a pas d'autonomie sans sécurité alimentaire

L'autonomie alimentaire, c'est aussi une question d'accès à des produits frais et de qualité pour tous, y compris les populations vulnérables. On pourra considérer avoir atteint la sécurité alimentaire lorsque personne ne manquera de nourriture, peu importe sa situation sociale ou économique. L'idéal serait donc de réduire, voire cesser, les importations, mais aussi de contrer la dépendance de plusieurs citoyens à l'approvisionnement auprès des banques alimentaires qui travaillent très fort afin d'offrir de la nourriture aux plus démunis.

Par exemple, en 2019 au Québec, avant la crise sanitaire, ce sont plus de 1,9 million de demandes d'aide qui ont été envoyées aux banques alimentaires de la province. D'ailleurs, le Regroupement des cuisines collectives du Québec définit l'autonomie alimentaire comme « une prise en charge individuelle et collective visant l'accessibilité à une nourriture de qualité et à un meilleur contrôle du système alimentaire qui ne peut se faire sans une démarche d'éducation populaire ». C'est pourquoi on doit tous travailler à améliorer l'accès à des aliments sains et locaux, et ce, à long terme.

Dans le cadre de la crise de la COVID-19, le Fonds a d'ailleurs fait plusieurs dons en argent à des organismes qui viennent en aide aux gens dans le besoin, dont aux Cuisines solidaires, une initiative de La Tablée des Chefs.

 

Bien que l'autonomie alimentaire au Québec soit souhaitée par plusieurs, elle pose plusieurs défis. Elle devra se faire progressivement, entre autres sur les plans de la main-d'oeuvre, de la capacité de production et des coûts en énergie pour alimenter les serres.

Le Québec est capable de grandes choses, mais est aussi confronté à des limites climatiques. Pour vraiment atteindre l'autonomie alimentaire, il faudrait respecter la saisonnalité de nos fruits et légumes, et donc changer nos habitudes de consommation. N'hésitez pas à manger des produits selon leur saisonnalité et, lorsque vous avez le choix, privilégiez l'achat d'un aliment local à un aliment importé.

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