Une séparation, ça brasse. Et quand on reprend un peu son souffle, on se demande souvent : qu'est-ce qui va arriver avec mes finances?
C'est une des questions que s'est posée Tarina au moment de se séparer. Mère d'un enfant en bas âge, elle prend la décision de rompre après avoir investi dans une nouvelle maison et passé un congé de maternité. Son compte bancaire était alors dans un état précaire. « L'argent me faisait peur au moment de partir, confie-t-elle. [...] En réalité, il représentait un obstacle logistique, mais pas une raison suffisante pour rester. »
À travers l'expérience de Tarina et des conseils concrets, découvrez des pistes pour repartir sur des bases claires, une étape à la fois.
« Si je pouvais dire une chose à quelqu'un qui vit ça en ce moment, ce serait de se lancer. Il existe énormément d'outils et de ressources pour nous aider, même si au départ tout semble flou ou insurmontable. Une fois la première étape franchie, le reste devient beaucoup plus clair. »
— Tarina
01 Faire le portrait de sa situation financière
Avant de prendre des décisions, on a besoin d'un portrait clair. C'est la base, et c'est souvent ce qui rassure le plus.
À faire en priorité
- Communiquez avec votre institution financière pour fermer, séparer ou transformer les comptes conjoints
- Ouvrez un compte bancaire personnel (si ce n'est pas déjà fait)
- Redirigez vos dépôts et prélèvements automatiques vers votre nouveau compte personnel
- Changez vos mots de passe, NIP et questions de sécurité
- Vérifiez l'accès à vos courriels
- Notez la date de votre séparation (elle servira pour certaines démarches)
- Dressez la liste de vos comptes et dettes
Lister les actifs et les comptes
Rassemblez l'information sur ce que vous détenez : comptes bancaires, CELI, REER, placements non enregistrés, régime de retraite d'employeur, valeur de la résidence, véhicule, REEE des enfants, etc.
L'objectif n'est pas de tout analyser maintenant. On veut surtout savoir ce qui existe. Gardez aussi vos déclarations de revenus des dernières années à portée de main — elles vont servir.
Faire le point sur les dettes
Hypothèque, marge de crédit, cartes de crédit, prêts cosignés : listez ce qui est à votre nom, au nom de votre ex-partenaire, ou à vos deux noms. C'est essentiel pour savoir ce qui devra être partagé ou séparé.
En général, vous n'êtes pas responsable des dettes personnelles de votre ex-partenaire. Par contre, si vous avez cosigné un prêt ou si vous détenez un produit conjoint (carte de crédit, marge de crédit), vous pourriez être considéré(e) comme responsable du solde — même après la séparation.
02 Refaire un budget qui tient la route
Passer de deux revenus à un seul, c'est un ajustement important. Pas besoin que ce soit parfait. Se poser et regarder où on en est, c'est déjà beaucoup.
Comprendre votre nouveau coût de vie
« La première chose que j'ai faite a été de faire un vrai budget et d'évaluer les liquidités que j'avais. »
— Tarina
Après une séparation, certaines dépenses montent (logement, assurances), et d'autres pourraient baisser. Prenez un mois pour :
- Suivre toutes vos sorties d'argent
- Identifier ce qui est prioritaire et ce qui peut être revu plus tard
- Cibler une ou deux dépenses faciles à réduire, au besoin (téléphone et Internet, abonnements, assurances)
Pension alimentaire : ce que ça change dans vos finances
Après une séparation, une pension alimentaire peut entrer dans votre vie. Il en existe deux types, et ils ne fonctionnent pas de la même façon.
La pension pour enfants
Elle est versée par un parent à l'autre pour couvrir les besoins des enfants (logement, nourriture, vêtements, activités, etc.). Au Québec, le montant est calculé selon les revenus des deux parents, le temps de garde et le nombre d'enfants. Côté impôts, c'est simple : la personne qui la reçoit n'a pas à la déclarer et la personne qui la verse ne peut pas la déduire.
Pour avoir une idée du montant, le gouvernement du Québec met à disposition un outil de calcul en ligne.
La pension pour ex-conjointe ou ex-conjoint
Elle vise à aider l'autre personne à maintenir un niveau de vie raisonnable après la séparation. Elle n'est pas automatique et doit être prévue dans une entente écrite ou une ordonnance du tribunal. Contrairement à la pension pour enfants, elle est imposable pour la personne qui la reçoit et déductible pour la personne qui la verse.
Bon à savoir
Si une entente ne distingue pas clairement les deux types de pension, le montant total est traité comme une pension pour enfants (non imposable, non déductible). Une raison de plus pour faire valider votre entente par un ou une professionnel(le).
« Le simple fait de prendre la décision de me séparer m'a donné un immense sentiment de contrôle, se rappelle la jeune femme. Ensuite, aller visiter des appartements et voir concrètement les options qui s'offraient à moi a rendu la situation plus réelle, mais aussi plus planifiable. Ça transformait quelque chose de très émotif en étapes concrètes. »
03 S'y retrouver dans les changements fiscaux
Une séparation peut changer vos crédits d'impôt, vos prestations et votre déclaration de revenus. Le mot d'ordre : agir au bon moment et éviter les surprises.
Mettre à jour votre état civil : quand et comment
On est considéré comme « séparé » après 90 jours consécutifs de vie séparée en raison d'une rupture. Une fois ce délai atteint, la date d'entrée en vigueur correspond au jour où vous avez commencé à vivre séparément.
- Agence de revenu du Canada : vous devez informer l'Agence au plus tard à la fin du mois suivant le changement d'état civil.
- Revenu Québec : communiquez avec l'organisation après les 90 jours pour déclarer votre changement de situation.
Crédits et prestations à vérifier
- Crédit pour personne vivant seule : pour y avoir droit, vous devez avoir occupé et tenu une habitation dans laquelle vous viviez seule ou seul (ou uniquement avec des personnes mineures ou des enfants majeurs aux études) pendant toute l'année. Si votre séparation survient en cours d'année, ce crédit ne sera généralement accessible que l'année suivante.
- Crédit d'impôt pour frais de garde : les règles peuvent changer selon votre nouvelle situation. Prenez quelques minutes pour vérifier — ça pourrait vous éclairer.
Allocations familiales : un ajustement qui peut faire la différence
Les allocations sont calculées en fonction du revenu du couple. Après une séparation, elles seront recalculées selon votre revenu individuel — ce qui pourrait signifier un montant plus élevé. Avisez les deux paliers de gouvernement pour recevoir ce à quoi vous avez droit et éviter un trop-payé.
« On sous-estime à quel point il y a beaucoup de choses à considérer en même temps. [...] Ce sont des détails, mais mis bout à bout, ça devient long et complexe, » avoue Tarina. Si tout ça vous semble beaucoup, c'est normal. On y va une étape à la fois.
04 Réviser votre stratégie d'épargne et d'investissement
Vous avez peut-être choisi vos placements en fonction d'objectifs communs. C'est le moment de revenir à vos objectifs personnels. Vos priorités pourraient avoir changé.
« Cette expérience a complètement transformé ma perception de l'importance d'un fonds d'urgence, indique Tarina. Je suis quelqu'un d'assez dépensière, et cette séparation m'a fait réaliser à quel point il est essentiel d'avoir des liquidités accessibles en tout temps. Ça m'a appris à être plus consciente et plus stratégique avec mon argent. »
Revenir à votre profil d'investisseuse ou d'investisseur
Revoyez vos CELI, REER et comptes non enregistrés en fonction de votre nouvelle réalité : horizon, projets, tolérance au risque, capacité d'épargner.
Avant de repenser votre stratégie, assurez-vous que vos comptes et prélèvements sont bien à votre nom.
REER : quelques repères utiles
- Divorce (mariage ou union civile) : l'argent accumulé dans le REER peut être partagé s'il fait partie du patrimoine familial.
- Séparation (union de fait) : chaque personne conserve son propre REER — pas de partage automatique. Les ex-conjointes et ex-conjoints de fait peuvent toutefois convenir d'un partage dans une entente.
- REER de conjointe ou de conjoint : si une personne a cotisé au REER de conjoint de l'autre pendant l'union, les sommes accumulées peuvent être partagées.
Si vous avez des questions, consultez un ou une professionnel(le) — un regard neutre vous aidera à prendre des décisions éclairées.
05 Repenser votre retraite (sans pression)
Vous avez probablement bâti votre plan de retraite à deux. Il mérite d'être ajusté, mais pas nécessairement aujourd'hui.
Réévaluer votre plan de retraite
Quand la situation se stabilise un peu, prenez le temps de revoir :
- L'âge visé pour la retraite
- Les revenus attendus
- Vos priorités (sécurité, flexibilité, projets)
Simulez votre parcours en solo
À l'aide de Mon plan de match, notre outil pour planifier vos finances, visualisez l'ensemble de votre situation financière sans tout calculer à la main. C'est simple, intuitif et conçu pour vous accompagner, peu importe où vous en êtes.
06 Se protéger légalement : documents à mettre à jour
Une séparation, c'est aussi un moment clé pour s'assurer que vos documents reflètent votre nouvelle réalité.
Mettre à jour votre testament et vos bénéficiaires
Assurance vie, REER, FERR, régime de retraite : vérifiez les bénéficiaires. C'est un geste qu'on repousse souvent, mais qui peut avoir de vraies conséquences.
Dans le cas d'un mariage, le divorce peut modifier automatiquement certaines clauses de votre testament. Validez celui-ci avec une ou un notaire.
Union de fait ou mariage : pas les mêmes protections
C'est un point crucial. Une union de fait, ce n'est pas un mariage : plusieurs protections légales ne s'appliquent pas automatiquement. Par exemple, les conjointes et conjoints de fait n'ont pas droit au partage du patrimoine familial ni à une pension alimentaire pour eux-mêmes, sauf entente contraire.
Informez-vous sur vos droits selon votre situation.
Réviser les documents partagés
Comptes conjoints, prêts cosignés, procurations, mandat de protection, assurances (habitation, auto, collective) : passez tout en revue, calmement, une étape à la fois.
Si vous bénéficiez de la couverture de votre ex-conjointe ou ex-conjoint, vous devrez souscrire à votre propre régime.
07 Se faire accompagner, ça change tout
Dans une séparation, les émotions sont vives. Avoir une personne neutre dans votre coin pour valider vos décisions financières, ça fait toute la différence.
« J'aurais aimé consulter un ou une professionnel(le) plus tôt. Ça m'aurait évité beaucoup de stress et d'incertitude. »
— Tarina
- Médiation : en ce qui concerne la médiation familiale au Québec, les couples ayant des enfants à leur charge peuvent bénéficier de cinq heures gratuites, tandis que les couples sans enfants à charge peuvent en bénéficier de trois. C'est toujours plus rapide et moins coûteux qu'un recours aux tribunaux.
- Notaire : pour les ententes de séparation, la vente de la maison ou la mise à jour du testament.
- Conseillère ou conseiller financier : un allié neutre, objectif et non émotif à vos côtés. Cette personne peut vous aider à revoir votre budget, vos placements et votre plan de retraite.
- Professionnel(le) en relation d'aide : prendre soin de soi, c'est aussi se donner l'énergie et la clarté nécessaires pour prendre de bonnes décisions financières.
Reprendre le contrôle, une étape à la fois
Reconstruire sa vie financière après une séparation, ça ne se fait pas en un jour. Mais chaque petit geste compte : ouvrir un compte, revoir son budget, mettre à jour ses bénéficiaires, etc. Entourez-vous des bonnes personnes et avancez à votre rythme.
« La peur financière est réelle, mais elle ne devrait jamais être la seule chose qui nous retient, conclut Tarina. Je veux que ma fille grandisse avec l'exemple d'un modèle familial sain et épanoui, peu importe sa forme. »