BALADO « En mode affaires », Ép. 01 - Le virage vert des entreprises québécoises, c'est maintenant

L'empreinte environnementale des entreprises préoccupe de plus en plus leurs dirigeants, qui réalisent que le virage vert est un pari payant à long terme. Bonne nouvelle : les progrès technologiques et le nouvel environnement économique font qu'il n'y a plus à choisir entre le rendement et l'environnement.

Christian G. Brosseau Par Christian G. Brosseau Suivez-la sur LinkedIn Pierre Paffenhoff  et Pierre Paffenhoff Suivez-la sur LinkedIn


Fut un temps où la dégradation de l'environnement était encore abstraite, exprimée par des tendances et des projections difficiles à se représenter. Mais la pollution croissante et la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes ne permettent plus d'ignorer la réalité, et les dirigeants d’entreprise sont plus motivés que jamais à verdir leurs activités.

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« Tout le monde réalise que les enjeux climatiques ne relèvent pas de la science-fiction, et que l'humanité risque de frapper un mur faute d'agir rapidement. On peut ajouter à cela la question des ressources naturelles qui ne sont pas inépuisables; leurs extracteurs comme leurs utilisateurs réalisent qu'il leur faudra les remplacer par des produits renouvelables », observe Pierre Paffenhoff, directeur des investissements au Fonds.

« Il faut accepter la réalité en face : l'approche négationniste envers les enjeux environnementaux n'est plus tolérable. On le voit avec les nouvelles générations qui sont très impliquées et réclament des changements », renchérit son collègue Christian G. Brosseau, vice-président aux investissements.

Les deux hommes sont aux premières loges de cette sensibilisation, puisqu'ils se spécialisent dans le capital structurant en énergie et environnement.

Économie circulaire et décarbonisation : deux priorités pour le Québec Inc.

Christian G. Brosseau croit que si l’on veut préserver notre bien-être collectif en tant que société, nous avons l'obligation de nous diriger vers l'économie circulaire.

« Beaucoup de dirigeants d'entreprise ont commencé à repenser leur modèle économique de base, en adoptant notamment l'éco-conception qui maximise les possibilités de récupération des produits et minimise les déchets et rejets. Oui, on aura toujours besoin d’une portion de ressources naturelles vierges, mais l'économie circulaire n’est plus une option dans bien des secteurs d'activité ».

Autre transformation profonde : la décarbonisation, processus par lequel les entreprises contribuent à la réduction des gaz à effet de serre.

« La décarbonisation de l'économie, c'est le mariage entre développement durable et développement économique. Elle regroupe un éventail de mesures qui vont de la transition hors des énergies fossiles à l'approvisionnement de proximité; tout ce qui peut réduire les émissions dans le cycle de l'exploitation.

La décarbonisation est une tendance en plein essor, car les gens d’affaires réalisent qu'elle n’est pas juste bonne pour la planète, mais aussi pour leur réussite à long terme », dit Pierre Paffenhoff.

Des Québécoises qui montrent l’exemple

À titre d'investisseur d'impact, le Fonds encourage ces tendances par ses solutions de financement et son accompagnement auprès d'entreprises d'ici. Parmi ses partenaires : Pyrowave, qui développe un système de recyclage du plastique à l'infini en remplacement du processus mécanique qui ne le recycle que de 3 à 5 fois; Groupe Robert, dont le transport de marchandises est en partie propulsé au gaz naturel et bientôt à l'hydrogène; AddÉnergie, qui déploie et opère le réseau de stations de recharge FLO pour les véhicules électriques; EBI Environnement, qui opère un réseau de stations de recharge pour les camions au gaz naturel et convertit les déchets organiques en gaz naturel renouvelable; GHGSat, qui fait la télédétection par satellite des émissions des sites industriels à l'échelle mondiale; CIF Métal, qui a converti sa fonderie d’aluminium à l’hydroélectricité; ou encore GNR Québec Capital, un véhicule d’investissement dans le gaz naturel renouvelable.

Avec ces partenaires comme d'autres, le Fonds s'efforce activement de favoriser une transition énergétique « juste », qui reflète ses valeurs dans des actions concrètes. « On doit opérer en s'assurant de tenir compte des impacts humains et socio-économiques, au premier rang desquels l'emploi », précise Christian G. Brosseau.

Le rôle des gouvernements dans la transition énergétique

Les investisseurs comme le Fonds jouent un rôle essentiel, mais toutefois limité; c'est plutôt aux gouvernements qu'il revient de faire preuve de leadership, poursuit l'expert.

« Les gouvernements sont ceux qui ont le pouvoir d'adopter des politiques sociales, économiques et fiscales en faveur de l'adoption de nouvelles normes, de l'innovation technologique, et d'un climat qui encourage à investir dans le virage vert. Ils sont aussi appelés à adopter des règlements plus contraignants, pour que les entreprises n'aient plus le choix mais l'obligation de bouger. Et ils peuvent user de subventions et crédits ciblés sur les filières porteuses. »

Il reconnaît que d'importants efforts ont été réalisés dans les dernières années, notamment dans le cadre de l'atteinte d'objectifs chiffrés de réduction des gaz à effet de serre. Mais il reste encore des occasions à saisir pour accélérer la transition.

« Le gouvernement du Québec a une belle stratégie de développement de l'industrie des batteries, et il y a d'excellents projets-pilotes dans certaines municipalités, mais si tous les paliers de gouvernement mettent l'épaule à la roue, du fédéral au local, l'effet de levier peut être démultiplié. Et les entreprises qui hésitent encore, qui se disent qu'elles n'ont pas les moyens du virage vert, seront prises dans un effet de vide auquel elles ne pourront résister », pense Christian G. Brosseau.

Un faux choix entre rendement et environnement

Celles qui attendent trop, souvent par crainte d’un faible retour sur investissement, risquent de se retrouver sur la touche et de tout perdre au bout du compte, prévient Pierre Paffenhoff.

« Le virage vert est d'ores et déjà rentable dans beaucoup de secteurs, mais d'autres sont réticents parce que la solution à leur problème n'a pas encore été inventée, ou les infrastructures ne sont pas encore là, ou ce n'est pas rentable sans des incitatifs gouvernementaux qui pourraient cesser à la prochaine élection. Alors se crée une réticence au changement, une fausse perception selon laquelle on a un choix à faire entre la compétitivité et la propreté.

Chaque entrepreneur doit penser au-delà du court terme et analyser la direction prise par son marché; il constatera souvent que la transformation est inéluctable, et que s'il ne prend pas la tête de la course, quelqu’un d’autre le fera », dit-il.

C'est justement pour cela que le Fonds a mis sur pied son Groupe Asthuce, qui réunit des spécialistes multisectoriels pour aider les entreprises à identifier les occasions et les accompagner dans leur transition.

Certes, certaines technologies de verdissement sont plus mûres que d'autres, et elles peuvent coûter beaucoup plus cher que la version polluante qu'elles remplacent. Mais on n'est pas obligé de miser d'emblée sur le tout dernier cri pour exercer un impact.

« La meilleure technologie du monde n’aura aucun effet sur l’environnement si elle n'est pas adoptée massivement. Si une autre offre un résultat moindre mais répond mieux à la réalité du marché, elle va se vendre davantage et son plus petit effet environnemental sera donc multiplié, pour obtenir au final un meilleur bilan par la force du nombre. De ce point de vue, il n’y a pas à choisir entre le rendement financier et l’impact environnemental », dit Pierre Paffenhoff.

Et comme dans toute transformation profonde, la patience est de mise, rappelle son collègue Christian G. Brosseau.

« On ne peut pas dire que la route sera bien droite; mais on entre dans un nouveau paradigme où on ne répétera pas les erreurs du passé. Les grands investisseurs comme le Fonds regardent désormais l’impact de leurs projets à long terme. Nous ne cherchons pas de grands gains financiers rapides, mais plutôt des rendements stables et prévisibles. Et on veut que la croissance économique se fasse de manière juste et inclusive, en accord avec nos valeurs et celles des travailleurs qui nous confient leur épargne. »

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En collaboration avec journaldemontreal.com