Entrevue du premier vice-président aux investissements

Normand Chouinard

Le désir d'appuyer les entrepreneurs d'ici, pour une économie performante.

Quelles sont les grandes stratégies d’investissement du Fonds?
Un de nos grands objectifs est sans aucun doute de garder au Québec les fleurons de notre économie! Nous travaillons fort, aussi, pour que les centres décisionnels restent ici. Faire croître nos petites entreprises, pour augmenter le bassin de moyennes et de grandes entreprises au Québec, fait également partie de nos grandes préoccupations. Ces stratégies orientent et guident nos interventions en matière d’investissement, qui sont toujours motivées par la croissance économique du Québec et la création et le maintien d’emplois de qualité.

« Un de nos grands objectifs est sans aucun doute de garder au Québec les fleurons de notre économie! Nous travaillons fort, aussi, pour que les centres décisionnels restent ici. »

Y a-t-il des secteurs que vous privilégiez?
En réalité, il y en a plusieurs! Mais nous sommes toujours à la recherche de transactions qui créent de la valeur pour toutes les parties prenantes, peu importe le secteur; et nous continuons à couvrir tous les secteurs de l’économie. Toutefois, voici, à titre d’exemples, des secteurs où nos investissements ont eu un impact particulièrement marqué.

Parlons d’abord du secteur des sciences de la vie. En collaboration avec la Caisse de dépôt et placement du Québec, nous avons investi dans la privatisation d’Atrium Innovations, qui pourra ainsi continuer à se développer et pour laquelle nous avons joué un rôle déterminant. Nous sommes fiers des efforts déployés pour conserver ce fleuron de l’industrie au Québec.

Plus globalement, notre objectif est de préserver les acquis du Québec dans ce secteur. Nous travaillons en partenariat avec tous ses intervenants, d’où l’importance d’avoir des fonds privés spécialisés qui investissent ici : ils constituent un réseau extraordinaire doté d’une vaste expertise et qui peut offrir un soutien financier à une multitude d’entreprises, pendant les bonnes années comme dans les moins bonnes. Si le Fonds n’était pas présent dans le secteur des sciences de la vie, ce dernier serait certainement moins développé qu’il ne l’est actuellement.

Le secteur de l’aérospatiale est aussi un secteur stratégique pour le Québec. Le Fonds y appuie des sous-traitants qui renforcent la chaîne d’approvisionnement, parce que nous voulons éviter que les grands donneurs d’ordre incitent leurs fournisseurs à s’établir dans des pays où la main-d’œuvre est moins chère. Au cours du dernier exercice, nous avons par exemple investi dans AV&R, une jeune firme de robotique, qui a fusionné avec Imac pour améliorer son offre de services. La robotisation, c’est l’avenir en aérospatiale! Nous continuerons de consolider nos acquis dans ce secteur parce qu’il est nécessaire d’atteindre une masse critique en ce qui a trait à la taille des entreprises.

Adetel, spécialiste en conception d’équipement électronique embarqué, est un autre exemple d’investissement qui nous a permis d’attirer un investisseur stratégique étranger pour renforcer ce créneau d’excellence. Le Fonds se distingue par le réseau de partenariats européens qu’il a su bâtir et qui offre une expertise de niveau international assez unique.

Je ne peux également pas passer sous silence le secteur des ressources naturelles, plus particulièrement le domaine de la fibre de bois. Le Fonds est un investisseur important, un leader, dans ce domaine au Québec! Notre investissement dans le Groupe Lebel, de Rivière-du-Loup, par l’intermédiaire du Fonds Valorisation Bois, contribue à consolider la production de bois à valeur ajoutée et à soutenir la transformation de nos ressources forestières. Le Fonds Valorisation Bois mise sur les entreprises performantes et appuie leur développement dans des créneaux d’avenir.

Le Fonds fait deux types d’investissements dans le secteur. Il offre du capital de croissance : le Groupe Lebel, qui a fait l’acquisition de Cambium et de Bois Daquaam en est un exemple. Il offre aussi du capital stratégique : c’est ce que nous avons fait en 2010-2011 dans le cas de Chantiers Chibougamau, un investissement qui nous a permis de soutenir une entreprise régionale qui crée une valeur ajoutée en transformant la ressource en produit novateur, soit le bois lamellé-croisé. Les entrepreneurs utilisent de plus en plus le capital de croissance dit stratégique, de préférence au capital dit de « commodité » qu’ils peuvent trouver dans les institutions financières traditionnelles. Au Fonds, ils retrouvent l’ensemble des acteurs du secteur forestier, ce qui leur permet de créer des synergies entre eux.

Un autre secteur important est le secteur agroalimentaire. Je pense, notamment, aux Brasseurs du Nord, qui fabriquent les bières Boréale. Notre investissement, au cours de l’exercice 2012-2013, dans cette microbrasserie, sous forme de participation majoritaire, nous a permis de conserver au Québec la propriété de cette marque québécoise forte et de lancer, entre autres, de nouvelles saveurs de bière et le format canette au cours de l’été 2014, renforçant ainsi une marque d’ici, une autre de nos priorités.

Je terminerai avec les mines. Depuis plusieurs années, notre stratégie d’investissement dans ce secteur est la suivante : premièrement, investir des sommes allant jusqu’à 1 million de dollars dans des sociétés d’exploration; deuxièmement, investir des sommes de 5 millions à 20 millions de dollars dans des sociétés qui exploitent des mines sur le territoire québécois. Mais, il faut le souligner, le Fonds est soucieux d’investir dans des projets socialement acceptables, selon ses critères, dans les communautés où ils sont réalisés.

Au cours des deux dernières années, dans un contexte caractérisé par des marchés boursiers incertains, nous avons choisi d’être encore plus prudents en soutenant principalement des sociétés qui font déjà partie de notre portefeuille. Au cours du dernier exercice, nous avons fait quatre investissements. Le Fonds a investi 8 millions de dollars, sur quatre ans, dans Mines Coulon, en partenariat avec Mines Virginia, Sodemex Développement, Sidex et le Fonds régional de solidarité FTQ Nord-du-Québec. Le projet Coulon, dont la propriété est située dans la municipalité de Baie-James, recèle la plus importante ressource non développée de cuivre, de zinc et d’argent du Québec. La société souhaite développer ce projet afin de bénéficier, notamment, du déficit de production de zinc prévu au cours des prochaines années et de la hausse de son prix sur le marché.

De plus, au cours du dernier exercice, le Fonds a injecté une somme additionnelle de 10 millions de dollars afin de soutenir son partenaire, Stornoway Diamond, pour la construction du projet Renard, la première mine de diamants au Québec. Ce sont plus de 400 emplois qui seront requis pour réaliser les opérations de la mine au cours des deux prochaines décennies.

Enfin, toujours dans le but de diversifier nos risques, nous avons ajouté à notre portefeuille des entreprises de services du secteur (comme des compagnies de forage) et favorisé celles qui pourront devenir des consolidateurs sur leur marché. Nous soutiendrons également des projets à fort potentiel qui favoriseront la deuxième transformation sur le territoire québécois.

Est-ce que les PME manufacturières restent un secteur privilégié pour le Fonds?
Les PME sont au cœur des activités du Fonds, et elles le demeureront : assurer leur vitalité fait partie de notre mission. Cette vitalité doit passer par une plus grande modernisation de leurs équipements, et nous serons toujours là pour les accompagner dans ces investissements afin d’améliorer leur productivité.

Comment se présentent les possibilités d’investissement du Fonds pour les prochaines années?
Investir dans les PME, au Québec comme ailleurs dans le monde, c’est toujours un défi pour les investisseurs. Un beau défi, me direz-vous, mais un défi tout de même! Et ce, pour différentes raisons : le manque de moyennes entreprises, la concurrence des pays émergents, le manque de capital servant à commercialiser les nouveaux produits, et le grand nombre d’entrepreneurs qui préparent leur retraite sans avoir encore trouvé leur relève.

Cela dit, le Fonds continuera d’offrir du capital patient : nous voulons soutenir la croissance des entreprises, surtout de celles qui sont les plus prometteuses en matière de création de richesse et d’emplois. Et puis, comme investisseur socialement responsable et soucieux du développement durable, le Fonds s’est donné des normes strictes en matière d’investissement; nous ne sommes pas seulement préoccupés par les questions de rendement financier, les questions d’éthique nous préoccupent également.

Il faut quand même rappeler que nous injectons, bon an mal an, des centaines de millions de dollars dans l’économie du Québec pour soutenir des entreprises et poursuivre notre mission. C’est ce que nous nous emploierons à faire au cours des prochaines années, en mettant l’accent sur les stratégies dont nous venons de parler. Le passé étant garant de l’avenir, le Fonds continuera à jouer un rôle essentiel dans la croissance économique du Québec!

Grâce aux investissements du Fonds et de son réseau, nous avons créé, maintenu ou sauvegardé plus de 530 000 emplois au Québec de 1990 à 2014.